Consommer dans les écoquartiers

Dans un parcours de vie, l'arrivée des habitants dans un écoquartier change-t-elle leurs consommations ?

Questions de recherche

Les habitants changent-ils leurs consommations et leurs usages avec l’offre écoquartier, en particulier pour l’eau, l’énergie et les déchets ?

  • Comment sont reçues les informations et les communications de cette offre ?
  • Comment sont perçus et utilisés les matériels de cette offre ?
  • Quelles sont les incidences sur leurs dépenses et leurs budgets ?

Hypothèse(s)

 

Généralement, les citoyens disent leur adhésion au développement durable comme principe lointain, mais le mettent peu en œuvre dans leur quotidien. Les écoquartiers sont des lieux supposés aider les habitants à contribuer à ce développement durable par les matériels qu’ils offrent. Notre hypothèse est que les habitants recomposent l’usage de l’écoquartier en fonction de la globalité de leur parcours de vie. Selon leur passé et leurs projets d’avenir, ces habitants interprètent différemment les informations reçues, composent les matériels offerts et arbitrent entre les conditions budgétaires.

 

Méthodologie

La démarche s'est principalement fondée sur une enquête ménages approfondie dans deux écoquartiers français (Les Brichères à Auxerre et De Bonne à Grenoble).

  1. Pour chaque ménage, l'arrivée dans l'écoquartier et son vécu ont été repositionnés dans l'ensemble des parcours de vie.
  2. Les consommations avant et après ont été reconstituées dans trois domaines (eau, énergie, déchets) pour identifier des indices quantitatifs des changements.
  3. Une analyse de l'impact de cette arrivée sur le budget des ménages a également été effectuée.

Bibliographie

Akrich, M. (2006a). La construction d'un système socio-technique. Esquisse pour une anthropologie des techniques. in Sociologie de la traduction. Textes fondateurs, p. 109–134. Paris : Presses de l'Ecole des Mines
Dard, P, (1985), Domestiquer l'énergie, CSTB, 123 p.
Toussaint J.-Y. (2006), Concevoir pour l'existant. D'autres commandes, d'autres pratiques, d'autres métiers, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR)
Segaud M. (2007), Anthropologie de l'espace. Habiter, fonder, distribuer, transformer. Armand Colin
Geels, F. W. (2011). The multi-level perspective on sustainability transitions: Responses to seven criticisms. Environmental Innovation and Societal Transitions, 1(1), p. 24–40.
Smith, A., Stirling, A., & Berkhout, F. (2005). The governance of sustainable socio-technical transitions. Research Policy, 34(10), p. 1491–1510

Idées clés / leviers / principes d’action

Idées clés en matière d’évolution de consommation et de mode de vie durables

Les modes de vie et de consommation ne sont pas des constructions individuelles dépendant des catégories socioprofessionnelles.

Les aspirations des citoyens les conduisent à réaffirmer leur ancrage dans des territoires dits locaux et dans l'espace de vie de la proximité. Ils tentent de redonner sens à leurs consommations par cette inscription, d'une part, dans leur parcours de vie, d'autre part, dans les multiples groupes sociaux auxquels ils appartiennent.

Leviers individuels et collectifs des changements de consommation et demodes de vie durables

Des personnalités locales s'avèrent être des diffuseurs puissants et efficaces pour transmettre aux habitants ce qui renseigne directement leurs pratiques de consommation : membres de conseils syndicaux, résidents engagés...

Les habitants s'appuient sur des pratiques passées, parfois familiales, pour composer des usages plus durables, même s'ils s'écartent de la programmation officielle. Par exemple, les souvenirs de compost dans la maison des parents reviennent pour soutenir des gestes équivalents au sein de leur nouveau logement.

Les pratiques collectives se font jour pour faire que la consommation ne soit pas uniquement une pratique individuelle. L'unité spatiale que propose le quartier peut aider dans ce dépassement de l'individuel. Quand le chauffage est partagé par plusieurs bâtiments, les résidents finissent par regarder comment tout fonctionne et comment tous consomment. L'appartenance sociale s'estompe partiellement et ne surdétermine pas les choix en matière de consommation. Les parcours de vie bifurquent en fonction de ces croisements dans le collectif.

Enseignements & principes d’actions pour les décideurs

Mieux articuler les trois strates de l'information qui renseigne la consommation des habitants des écoquartiers :

  • l'information grand public sur l'environnement
  • l'information sur le projet de quartier et ses particularités en matière de durabilité
  • l'information qui circule entre les usagers par l'intermédiaire de personnalité relais.

Ces informations sont à transmettre au moment où les habitants usent directement des matériels, non aux moments majeurs du parcours résidentiel, comme le choix du logement ou l'emménagement. Pendant ces moments majeurs, les consommations liées à l'environnement sont secondaires et les informations les concernant sont peu perçues.

Eviter les offres de dispositifs techniques fermés où les quantités, les températures, les heures d'ouvertures, etc. sont préprogrammées. Laisser la possibilité aux usagers de composer leurs pratiques durables de consommation. Leur interdire tout réglage et intervention sur leur milieu de vie (par exemple, thermostat...) provoque leur opposition et leur rejet.

Repérer les personnalités locales actives, puis s'appuyer sur elles dans la construction d'échanges d'information et d'apprentissages collectifs et non plus individuels autour de la consommation et des usages dans les lieux. Prendre appui sur les lieux et leurs matériels pour construire ces liens collectifs afin de sortir la consommation d'une pratique individuelle et de l'inscrire dans un cadre collectif connu.

Comment expliqueriez-vous votre projet de recherche à un enfant de 5 ans ?

Depuis quelques années en France, les gens qui s'occupent des villes construisent des quartiers et des bâtiments qui polluent moins, gaspillent moins d'énergie ou d'eau. Ils espèrent ainsi aider les hommes à préserver la terre et ses ressources, pour qu'ils y vivent longtemps encore avec tous les autres êtres vivants.

Les habitants qui s'installent dans ces quartiers ne les utilisent pas comme prévu. Par exemple, ils finissent par utiliser plus d'eau et d'énergie. C'est pourquoi, les gens qui font les villes doivent mieux les écouter avant de leur construire des maisons. Une idée serait de leur demander leur avis sur « comment feraient-ils, eux, pour arrêter de gaspiller et de polluer ».

Une anecdote, une histoire en lien avec le recherche.

Un habitant de l'écoquartier De Bonne désespéré de ne pas comprendre comme se règle la température dans son logement a fini par démonter totalement ce qu'il pensait être un thermostat. En fait, c'était un capteur de température pour l'évaluation du bâtiment.